logo eGrammaire

Pour retourner au menu ...

5. Se servir de la valence.

3.5 Se servir de la valence Le meilleur moyen de retrouver le rôle des éléments de la phrase, c’est de se servir de la valence du verbe. L’enseignante devra donc, lorsqu’elle introduit un nouveau verbe, livrer sa valence, avec si possible des exemples. L’apprentissage de la valence est donc l’un des piliers de l’apprentissage du français langue étrangère. Où trouver la valence ? Dans le dictionnaire, comme le Robert illustré 2019, on trouve à l’entrée aimer « v. tr », que l’on traduira par verbe transitif. Le verbe penser, lui, est qualifié par le dictionnaire de « verbe intransitif », ce qui est malheureusement faux. Il y a en réalité trois sortes de verbes en ce qui concerne leur valence : • Ceux qui sont du type vbe qc (aimer qc) ou vbe qn (aimer qn), que l’on peut résumer ici par vbe qc/qn (aimer quelque chose ou quelqu’un). On les appelle verbes transitifs directs. On peut ajouter au COD construit sans aucune préposition un complément second introduit par une préposition : donner qc à qn, qui désigne à qui va le COD. C’est un complément d’attribution. • Ceux qui sont du type vbe à qc (penser à qc) ou vbe à qn (penser à qn), que l’on peut résumer ici par vbe à qc/à qn (penser à quelque chose ou à quelqu’un). On les appelle verbes transitifs indirects. La préposition peut aussi être de (rêver de qn), par (passer par), pour (passer pour), etc. • Ceux qui sont du type vbe – (naître, mourir, ronfler), qui n’ont pas de complément dans leur valence et que l’on appelle verbes intransitifs. Ainsi, seuls les verbes transitifs directs ont un COD et nous intéressent pour l’accord selon avoir. On trouvera plus de détails sur la valence dans notre ouvrage : Christian Meunier Enseigner la valence verbale BOD ISBN-978-2-322-12841-9 3.5.2 Problèmes de genre et de nombre Une fois que l’on a repéré le COD, encore faut-il en connaître le genre et le nombre. En cas de besoin, on peut toujours consulter le dictionnaire. Un nom possède un genre qui lui est propre. Il faudra se méfier des cas suivants : • Des noms qui commencent par un {a} ou un {e}. L’ascenseur [la-sɑ̃-sœʁ] est masculin, malgré le début en [la]. Beaucoup de Français croient que le mot est féminin et disent, en parlant de l’ascenseur : *Elle est en panne, ce qui est faux. • Des trois noms amour, délice et orgue, qui sont masculins au singulier, mais féminins au pluriel. On joue de l’orgue (masculin), mais on se marie au son des grandes orgues. • Du nom gens, qui est masculin, sauf lorsqu’il est précédé d’un adjectif qualificatif dont la forme féminine est acoustiquement différente de la forme masculine. Dormez, bonnes gens. : bonnes est un adjectif qualificatif placé avant, et la forme féminine « bonne » [bɔn] est acoustiquement différente du masculin « bons » [bɔ]̃. • Des noms qui désignent un groupe de personnes qui peuvent être des deux sexes, et qui sont féminins, même s’il s’agit de personnes masculines : personne, victime, sentinelle, crapule, etc. Les victimes étaient toutes barbues. (C’étaient des hommes, mais le mot victime est féminin). • Et bien sûr les personnes féminines que l’on désigne sous un nom masculin. Le docteur est absent : il est *enceinte. Cette phrase semble ridicule, mais si le docteur est une femme, et qu’elle est enceinte, on est coincé : le docteur n’a pas (encore) officiellement de féminin, les docteurs femmes ne voulant pas être appelé(e)s doctoresses, et l’adjectif enceinte n’ayant, pour des raisons évidentes, pas de masculin au sens figuré. En revanche, un château peut être enceint d’un mur (il a un mur d’enceinte qui l’entoure). 3.5.3 Les problèmes de place Le COD devant être placé avant le participe passé, ce qui n’est pas sa place habituelle, il faudra le chercher le plus souvent sous la forme d’un déterminant, ou d’un pronom relatif. Voici quelques exemples : ✦ Charles a mangé des cerises mûres. (1) ✦ Les cerises mûres qu’il a mangées l’ont rendu malade. (2) ✦ Il les a mangées. Elles l’ont rendu malade. (3) ✦ Il en a mangé beaucoup trop. (4) Dans l’exemple 1, le COD est « cerises ». Il est placé après le participe passé : il n’y a donc pas d’accord. Dans l’exemple 2, le COD est « qu’ (= que) », qui a pour antécédent. Le COD « les cerises mûres» étant placé avant, il faut faire l’accord. Dans l’exemple 3, le COD est le pronom personnel « les», qui représente « les cerises mûres ». Le COD étant placé avant, il faut faire l’accord. Enfin, le quatrième exemple représente un cas où l’on ne fait pas l’accord parce que le COD beaucoup trop est placé derrière son verbe. Nous reviendrons sur ce problème ci-dessous. En n’est pas un COD, puisqu’il remplace la préposition de.